François Feutrie

DÉMARCHE ARTISTIQUE

Ma double formation en art et en design graphique permet d’insuffler dans mon travail des sources visuelles et conceptuelles puisées dans les deux domaines. Les frontières existantes entre ces deux champs d’action sont érodées lorsque je m’intéresse au déplacement de techniques et de fonctionnalités appliquées au design graphique vers l’architecture ou le design et vice-versa.
Mes expositions dévoilent un univers construit autour de mon intérêt pour les normes et les standards graphiques et sociétaux tels que les représentations visuelles des statistiques, les classifications, les modes d’emploi, les plans architecturaux, etc.
Qu’elles soient sous la forme graphique, éditoriale ou en volume, mes productions fonctionnent comme un système proposant différentes variations de l’objet, de l’espace ou du lieu sur lequel je travaille.
J’interroge le rapport entre le corps, l’architecture et l’espace en y intégrant une part de transformation du réel. Tel un archéologue bâtisseur, mon environnement est analysé, déconstruit et soigneusement décortiqué pour en proposer de nouvelles formes, de nouvelles fonctions, un nouveau sens.
La maxime de Lavoisier (XVIIIe siècle) «  rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme  » est soigneusement appliquée dans une manière vaine de rationaliser le monde et d’en expliquer la métamorphose des choses.

TROIS PIÈCES EN COURS DE CRÉATION

Travaillant très souvent de manière in situ, pour ma résidence à Pont-Aven, le lieu même des Verrières a été la matière première de ma réflexion. Le bâtiment va être transformé pour accueillir le musée de la ville, la Mairie et les résidences-ateliers eux déménagent dans un autre bâtiment. Partant de ce fait, l’idée de réaliser une sorte d’hommage a été le moteur pour la création de trois pièces engageant de futures pistes de travail.

1. Protubérance de parquet
Protubérance de parquet, constituée d’une concrétion de particules de peinture et de sciure de parquet, d’un plan poncé au sol ainsi que d’une vidéo, rend hommage aux peintres venus en résidences dans mon atelier à Pont-Aven depuis 1883. À cette date, l’Hôtel Julia ouvrit ses portes et accueillait au 3e étage des artistes dans ses ateliers. La vidéo retrace le ponçage pénible du parquet recouvert entièrement de plusieurs couches de peinture. Elle fait écho au tableau Les raboteurs de parquet (1875) du peintre impressionniste Gustave Caillebotte. La matière extraite de la surface du parquet est rassemblée en un volume posé à même le sol. La forme du volume épouse les contours architecturaux de l’atelier à une échelle réduite, déterminée par la quantité de matière extraite, et mime son plan. Le plan au sol, reprenant lui aussi celui de l’atelier dans lequel il se trouve, se dessine par la contre-forme produite par le ponçage de l’ensemble du parquet. Le volume et le plan au sol servent de trace-souvenir par une mise en abime et leur emplacement dans l’atelier qu’ils représentent. Protubérance de parquet réactive l’histoire des peintres de Pont-Aven par un passage de la peinture au volume et fonctionne comme une possible réponse à comment matérialiser l’histoire du lieu, une idée abstraite.
Cette pièce sera par la suite exposée surélevée sur un socle et protégée sous une cloche cubique en verre.

2. Une mutation annoncée
Une mutation annoncée, consiste en trois volumes pour l’instant à l’état de maquettes en tasseaux de sapins rabotés, avant d’être réalisés en profilé métallique, tube acier creux à base carrée. Ce matériau fait référence à la structure du bâtiment qu’était l’ancien Hôtel Julia  : «  La modeste petite pension campagnarde qui constituait l’hôtel initial a maintenant un voisin magnifique construit avec une armature d’acier comme un gratte-ciel de Chicago…  ».
La sculpture en apparence abstraite peut faire référence à une structure minimaliste labyrinthique. Elle propose une reconstruction de l’exosquelette du bâtiment et de ses six étages avec leurs cloisons. Chaque module est formé par l’assemblage de deux étages. Les étages assemblés ont une fonction commune dans l’organisation du bâtiment  : le 4e et le 3e étage concernent les Verrières – résidences - ateliers de Pont-Aven, le 2e et le 1er étage étaient occupés anciennement par la Mairie, les salles du rez-de-chaussée et du sous-sol servent à diverses réceptions et événements.
Le dessin de chaque étage est extrait des plans d’évacuation en cas d’incendie. L’œil se balade dans les volumes, représentant non pas une maquette du lieu mais plutôt une sorte de microarchitecture ou totem marquant un temps arrêté sur l’architecture du lieu avant sa métamorphose.

3. Une mort en kit
Une mort en kit, est constituée d’un trophée de chasse modifié, d’un mode d’emploi dessiné encadré décrivant comment enlever le parasite accroché sur le trophée de chasse, d’une scène de vénerie en canevas retouché et d’une édition Comment dépecer votre chevreuil. Le trophée a été trouvé dans les archives de la Mairie, mais personne n’a su m’expliquer sa provenance ni son histoire.
Je propose donc à travers ces quatre objets une histoire fictive expliquant la mort du cerf. Les bois et le crâne du cerf sont des pastiches. Ils sont recouverts de mousse expansive peinte, sorte de parasite artificiel, métaphore de la mort factice du cerf si elle pouvait être matérialisée. Le canevas retranscrit le moment lors de la chasse à courre juste avant que la mort n’emporte le cerf. Le mode d’emploi fonctionne en diptyque avec le trophée et l’édition en diptyque avec le canevas. Les deux diptyques peuvent fonctionner séparément.

L’histoire du lieu et ses composants sont le point central des trois pièces. Comme si une chose les unissait, puisque pensées ensemble dans ce même lieu, le bois est le matériau qui rassemble les trois créations  : les bois du cerf, le parquet et la maquette des trois volumes en sapin avant d’être réalisés en acier. Elles font toutes écho à un temps de latence et de transition avant mutation ou transformation et sont la métaphore d’une mort annoncée.

4. WORKSHOP EXCROISSANCES & GREFFES APPLIQUÉES À L’ARCHITECTURE, AU MOBILIER ET AU CORPS HUMAIN
Le workshop a eu lieu au Collège Les Sables blancs à Concarneau en juin 2012. Il a été co-réalisé avec l’enseignant en arts plastiques Jean-Christophe Dreno et au cours de ma résidence aux Verrières de Pont-Aven. J’ai commencé par présenter mon travail sur des constructions temporaires réalisées dans le cadre d’un projet international en Amérique du Nord & du Sud, et mon intérêt pour les greffes et les excroissances appliquées à l’architecture, au mobilier et au corps humain.

Cet atelier a été organisé sur deux demi-journées, pendant lesquelles les élèves de la classe de 3e A ont été amenés en trois temps à créer des œuvres in situ [qui prennent en compte le lieu où elles sont installées]. Les créations réalisées lors de cette intervention étaient une réponse synthétique au programme pédagogique de l’année en arts plastiques «  l’espace, l’œuvre et le spectateur  ».
Les élèves ont d’abord réfléchi individuellement en dessinant à partir d’une forme géométrique simple qu’est le triangle, à la propager dans le plan de la feuille en la démultipliant. Ils se sont ensuite appliqués par pliage à donner du volume à la forme précédemment dessinées. En groupe, ils ont joint leur module pour en réaliser une première maquette en volume. Dans une perspective d’envahir l’espace tel un parasite qui se développerait, les élèves ont appliqué cette méthode à l’architecture de la classe et à leur propre corps. Les pièces ont été réalisées avec des matériaux pauvres comme le carton car disponible en grande quantité et dans une idée de réaliser des œuvres éphémères.

L’atelier s’est terminé dans la bonne humeur par une exposition des créations qui étaient pour certaines des abris dans lesquels on pouvait se réfugier. Également présentées au personnel du collège et aux autres élèves, les pièces qui ont été pensées comme costume encombrant et excroissant ont été portées par les élèves fiers de leur création pendant un défilé qui clôturait admirablement le dernier atelier de leur année de collège.


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Protubérance de parquet, 2012, édition, A4
(pdf - 1.2 Mo)

PDF - 1.4 Mo
Une mutation annoncée, 2012, édition, A4
(pdf - 1.4 Mo)

PDF - 1.2 Mo
Whorkshop Collège de Concarneau, 2012, édition, A4
(pdf - 1.2 Mo)

Site internet

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