Camille Roux

Description du projet « Retour de mémoire »

Retour de mémoire est un recueil de témoignages, dans un premier temps collectés auprès de personnes ayant vécu la guerre, dans différents pays, à différentes époques. Ces personnes évoquent leurs souvenirs de ces périodes spécifiques. Dans un deuxième temps des personnes n’ayant pas vécu la guerre, mais à qui on l’a raconté, évoquent les souvenirs de ces récits.
Au fur et à mesure nous nous éloignons du réel souvenir vécu, pour évoquer les souvenirs de récit. Ces témoignages anonymes mettent donc en relief la transmission orale d’une histoire familiale, elle-même inscrite dans l’histoire d’une société et d’un pays.
Ces différents témoignages créent donc différents portraits d’expériences de la guerre : la guerre vécue, la guerre contée, la guerre comme légende familiale.

Ici la guerre est abordée d’un point de vue intime. Comment transmet-on cet événement ? Celui-ci est concret pour certains, pour d’autres cela reste de l’ordre de la fiction.
Quelle mythologie intime nous faisons nous de la guerre lorsque nous ne l’avons pas vécue ? Quelles sont les histoires que nous retenons du vécu d’autrui et que nous transmettons (ou non) ?
Ces histoires individuelles nous permettent d’aborder la guerre non pas du point de vue historique, mais bien du point de vue humain, mettant donc, peut-être en relief des questionnements, stigmates communs entre différentes générations, différentes localités.
Ces témoignages personnels sont aussi différents que multiples. Ils ne peuvent donc se transmettre individuellement que par la parole. Ils s’opposent directement à la notion de mémoire collective, tout en étant éminemment un élément essentiel à celle-ci. Nous ne sommes donc pas ici dans une démarche qui tenterait de retracer une histoire collective, mais dans celle de faire émerger des histoires individuelles qui elles-mêmes de par leurs différences et point commun donne à voire un point de vue distant et souvent très différent de l’imagerie qui documente généralement ce type d’événements. Certaines histoires évoquent aussi bien l’angoisse, la peur, une indifférence totale, voire même pour certaine une période très heureuse.Ils sont très souvent anecdotiques, peut être, est une forme de censure que tout à chacun s’impose ? Ou alors est-ce finalement comme cela que se vie un drame d’une telle ampleur ? Peut-être est-ce aussi l’instinct de survie qui fixe dans nos mémoires ces moments les plus anodins.

Ces témoignages ont ensuite été retranscrits mot à mot, puis ont été lus en publique par une comédienne, Marie Thomas. Marie devient donc la voix unique et commune qui réunit toutes ces mémoires. Ce procédé permet de se concentrer sur les mots employés, la narration et la fictionalisation. Lors de la lecture de ces textes, il s’opère un glissement du « Je » (personnes narrant leur propre histoire de guerre) au « Il » (personne transmettant l’histoire de l’Autre). De plus cette lecture devient un nouveau maillon de transmission et propose au public d’être le nouveau récepteur de ces informations apparemment insignifiantes. Elle permet peut-être de perpétuer une tradition qui tend à s’amoindrir et à faire vivre des histoires et témoignages qui auraient pu disparaître avec le temps. Il redonne aussi un statut à ces histoires personnelles leur permettant d’exister hors de la grande Histoire.
La lecture de l’ensemble des textes recueillis sera ensuite filmée, afin d’archiver ces mémoires individuelles. Ce projet reste ouvert, car d’autres témoignages pourront venir compléter les premiers textes.
Le processus de la lecture peut être réactivé à tout moment si les conditions adéquates le permettent, ces nouvelles lectures incluront au fur et à mesure les nouveaux témoignages recueillis.

La première lecture à durée plus d’une heure et demie, évoquant huit histoires personnelles, la prochaine en évoquera au minimum quinze (nombre de témoignages recueillis à ce jour).

Ce projet existe donc sous deux formes, l’une d’archive vidéo, l’autre performative.
Ces deux formes me semblent importantes, celle de l’archive vidéo pour la simple raison qu’elle permet d’archiver ces mémoires qui tendent à disparaître, la deuxième car la forme de la lecture permet de perpétuer cette tradition du récit oral et direct.


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