Collectif BIP

Antoine Chaudet
Bruno Elisabeth
Richard Louvet
Damien Mousseau
Emilie Traverse
Mathieu Tremblin
Philémon

Le Bureau d’Investigation Photographique (BIP) est un collectif fondé à Rennes en 2005, qui réunit sept photographes animés par la volonté d’aller sur le terrain, et de proposer l’image là où elle fait œuvre de partage et d’expérience. Le collectif développe des modes de diffusion alternatifs, notamment au travers d’expositions, de bulletins et autres projets éditoriaux alliant graphisme et photographie, conçus en partenariat avec des acteurs culturels, associatifs, institutionnels ou privés.
La démarche du B.I.P. mêle la rigueur documentaire aux libertés d’une photographie plasticienne. Elle s’inscrit à rebours du sensationnalisme et pointe le caractère à la fois trivial et furtif de certaines évolutions de notre société.

Dès sa création, le collectif a été pensé comme une plateforme d’échange, à la fois outil de diffusion des travaux personnels des photographes et le lieu de création commune. Si la construction d’une série de photographies peut paraître assez évidente pour un auteur, la création à plusieurs déplace les habitudes de chacun, oblige au compromis et remet en cause la notion d’auteur. Très rapidement, le collectif décide de travailler en adoptant des contraintes et en dotant chaque projet collectif de règles précises.

Ainsi en 2005, lors des Trans Musicales de Rennes, les membres du BIP réalisent un reportage réactif équipés d’appareils Polaroïd. Dans un espace dont ils ont conçu la scénographie, un mur reçoit les clichés réalisés au fil des soirées, composant une mosaïque d’instantanés présentés sans hiérarchie. Le projet prend forme autour d’une unité de lieu, de temps, et du choix d’une seule technique photographique, et rend la proposition homogène, tout en laissant place à la sensibilité de chaque auteur. En 2007 dans le sillage d’un festival organisé à l’université Rennes 2, le collectif crée un premier outil éditorial pour une diffusion photographique de proximité. Faisant écho aux pratiques d’auto-édition en entreprise, le bulletin est un portfolio A4 de 4 pages imprimé à l’économie par la structure partenaire présentant une série photographique dont le thème est déterminé en fonction des circonstances de diffusion. Fruits de nombreux partenariats, la collection des bulletins comprend 18 numéros à ce jour.
En 2009 à l’occasion d’une exposition au festival de photographie de Phnom Phen, les photographes conçoivent une nouvelle manière de faire, afin de créer une série collective en tenant compte de deux contraintes majeures : le peu de temps imparti et l’éloignement géographique des membres du collectif. Ils optent pour une construction s’inspirant librement du jeu des kyrielles. Le principe de ce jeu de mots veut que la dernière syllabe du mot prononcé serve de point de départ au mot suivant, à l’exemple de la comptine populaire : « Trois petits chats, chapeau de paille, paillasson... ». Appliqué à l’image, chaque photographie doit, de fait, entretenir avec la précédente un lien, qu’il soit plastique, thématique, formel ou sémantique. 
En pratique, à chaque photographe est attribué un chiffre entre 1 et 7. Une première liste de sept chiffres est établie au hasard et donne l’ordre de participation (6324715 par exemple). Le premier photographe de la liste (ici le n°6) propose une première image. Le second (ici le n°3) répond avec une photographie qui doit entretenir un lien évident avec la première, et ainsi de suite. Le « tour de jeu » terminé, il est possible de tirer au sort une nouvelle séquence de 7 chiffres, voire plusieurs, afin de prolonger la série, en remaniant à chaque fois l’ordre de participation des photographes. Ainsi celui qui entame une séquence ne débute pas nécessairement la suivante, évitant ainsi des enchaînements répétitifs.
Les kyrielles fonctionnent par association d’idées, et poussent les photographes à sélectionner dans leurs archives personnelles les images les plus pertinentes. Images qui, pour la plupart, n’ont jamais été publiées auparavant et qui acquièrent dorénavant un sens à part entière. Le système « kyrielle » est un formidable outil de ré-actualisation des photographies et ouvre vers une lecture transversale de l’image. Il permet de mêler les registres et les univers de chaque photographe dans un série cohérente.

Au cours de l’année 2011 aux Verrières de Pont-Aven, le collectif se consacre au jeu des kyrielles : trois séries sont créées tout au long de la résidence, et un site dédié accessible au public est développé pour accueillir le travail en cours (http://www.bipkyrielle.com/). En outre, conçu comme une banque d’images, ce site permet une consultation transversale et thématique puisque chaque image est annotée par des mots-clés (ou tags). A partir du mois de septembre, la dernière partie de la résidence est consacrée à l’élaboration de la maquette d’un livre d’artiste qui réunira les trois kyrielles achevées. Cet ouvrage singulier veillera à rendre le plus explicitement possible le jeu de question - réponse / le dialogue des images entre elles ; la Kyrielle devrait se déployer et prendre toute son ampleur autant par les choix graphiques que par le façonnage et la manipulation du livre.
En parallèle de ce projet et tout au long de leur résidence, les photographes réalisent des prises de vues pour l’édition d’un corpus de sept cartes postales ayant pour sujet Pont-Aven et ses environs. Reprenant à leur compte la carte postale souvenir et son aspect « marketing territorial », ils se jouent des codes et des clichés du genre, et détournent l’image touristique de la Bretagne pour pointer les spécificités de la ville comme lieu de résidence et cadre de création privilégiée.



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