Valérie Bäuerlein et Martin Neef

Une jeune femme peintre qui reproduit sur commande les œuvres de grands artistes pour les galeries locales. Le jour, la nuit, l’aube d’un nouveau jour, par le biais de scènes quotidiennes, le film suit Martine quand elle peint, vend ses reproductions ou rencontre un jeune homme avec qui elle n’a peut-être pas que des différends au sujet de la nature artistique ou industrielle de son activité. A la fin, elle est à nouveau seule et le film, par sa structure circulaire, revient à son point de départ, ce qui lui offre le choix de continuer à vivre comme elle le faisait ou non. Ce projet soulève la question des possibilités d’une vie et d’une activité créatrice dans une ville musée où tous les motifs existants ont déjà été immortalisés et reproduits de nombreuses fois. Il met aussi en cause le rôle de l’artiste dans un monde industriel de plus en plus dur. S’affrontent ici l’individualisme européen et le collectivisme asiatique, la recherche d’un moyen d’expression personnel et une tradition spécifique de la servitude, de la préservation et de la diffusion d’un art déjà reconnu, tel qu’on le pratiquait en Chine ancienne, puis aujourd’hui, à l’époque du capitalisme tardif sous la forme de reproductions à la main réalisées en masse pour le marché Internet. Mais de son observation des différents motifs qui l’entourent au quotidien - du Moulin David, du Bois d’Amour ou de la rivière Aven – n ’y a t-il rien qui se glisse dans ses reproductions ? De manière formelle, la caméra cadre Martine comme observatrice et la sépare des choses et des êtres qui l’entourent par des champs contrechamps saccadés. Serait-ce que son incapacité à créer un lien avec son environnement se reflète déjà dans son regard au travers duquel tout devient image ?