Grégory Buchert

Les œuvres de Gregory Buchert se déclinent principalement en vidéo, performances et photographies, et sont nourries de nombreuses références littéraires.

Entre humour et réflexion critique, elles jouent sur les notions d’échec et d’irrésolu et proposent, par leurs gestes ténus, des pistes de réflexion sur l’être au monde de l’artiste mais aussi, par extension, de chacun d’entre nous. Ses fictions teintées de désenchantement, mettent le plus souvent en scène une figure archétypale (le chevalier errant, le naufragé, le penseur-marcheur) perdue face au monde qui l’entoure et saisie dans une quête d’idéal. Entre drame et gag de potache, son propos s’installe dans ce décalage entre les aspirations que possède tout homme et la précarité des moyens dont nous disposons pour y parvenir. La mise en scène récurrente de sa propre image constitue un point essentiel de sa pratique. L’implication et l’épreuve physique sont pour lui un manifeste, une volonté d’être immergé au cœur même de l’expérience critique qu’il fait du monde. Une façon d’utiliser le dénominateur commun « nous » plutôt que le « vous ».

Pour sa résidence aux Verrières – résidences-ateliers de Pont-Aven, Gregory Buchert a réalisé une vidéo-performance intitulée Peindre le jour, peindre la nuit, mettant en scène sa vision tragi-comique de l’artiste romantique. La proposition fut faite à l’aquarelliste Christian Ruiz, peintre basé à Pont-Aven, de peindre l’évolution d’un paysage sur une seule et même toile, depuis le lever du soleil jusqu’à la tombée de la nuit. Le principe du temps d’exposition appliqué au geste du peintre : saisir le passage de chaque nuage, la courbe du soleil, les changements du climats, capter sans autre moyen que quelques pinceaux, une journée complète de lumière pour s’échouer contre la barrière de l’obscurité et de l’invisible.

Comme souvent dans le travail de Gregory Buchert, il s’agit ici d’entreprendre un combat sans issu, celui d’improbables et émouvants personnages, se confrontant à un monde qui les dépasse, mais dont ils tentent de percer le sens. Cette emphase ne se dépareille pourtant jamais d’une forme de dérision d’où pourrait naître une certaine mélancolie due à la précarité constitutive de notre condition.

Entre les problèmes techniques, la pluie, la fatigue et les doutes cette vidéo tente de retracer l’histoire d’une odyssée aussi modeste qu’irréalisable.