Franko Livier

Archive de la résidence à Hiva Oa en 2009-2010 :

« Je cherche toujours à exprimer plastiquement les ambivalences, les paradoxes, les extrêmes opposés car ils symbolisent pour moi les aspects contradictoires de la vie en général, tous ses mystères. Les Marquises sont des terres isolées, d’eaux et de feux encore pleines de secrets même si guettent les dangers de la société de consommation. Le Banian m’a immédiatement fasciné. Cathédrale végétale, réseau labyrinthique de racines aériennes et tentaculaires, sa forme même crée le mystère. On ne s’étonne pas qu’il soit sacré pour les Marquisiens. Après l’avoir étudié rigoureusement par le dessin, j’ai commencé à le manipuler sur de plus grands formats en y dissimulant une autre figure emblématique des Marquises : le tiki. Formellement je rappelle par cette dissimulation que le Banian servait aussi de sépulture pour les ancêtres. Ce travail m’a amené à une recherche propre sur le tiki en m’attachant aux pleins et aux vides, en y intégrant la couleur dans une confrontation de traits et de bandes. Récemment je me suis penché sur les motifs marquisiens (tatu, ornementations), l’installation de galets au sol représente un lézard, et dans la symbolique marquisienne le Mont Temetiu, sommet de Hiva Oa.

Je me suis intéressé au bois du Banian, je voulais prendre contact avec la pierre. Le galet incarne autant l’océan que la montagne, il dégage une présence, il vibre dans son immobilisme. Ceux-ci sont utilisés pour les fours dû à leur qualité réfractaire. J’ai cherché ceux d’une teinte rougeâtre.

Suite à cette première exposition (Décembre 2009), j’ai voulu, par le dessin, faire hommage à le ville d’Atuona et ses habitants qui m’ont accueilli. L’emploi du format A4 et du stylo bille noir est né d’une volonté de poétiser ces produits industriels et d’offrir aux visiteurs une grande quantité de dessins. Cette prochaine exposition (du 18 au 23 Janvier 2010) s’intitulera « Ensemble ». Ce titre reflète à la fois le travail plastique en lui-même : accrochage de plus de 200 dessins, ainsi que la dimension sociale qui s’en est dégagée lors de sa réalisation : il a suscité la curiosité et l’intérêt des gens avec lesquels j’ai donc créé des liens. Cette démarche met en valeur autant le lieu que ceux qui l’habitent dans un souci de simplicité extrême (dessin au trait noir sur blanc) et de générosité. »

Franko Livier