Eva Taulois

La frontière entre l’objet d’art et l’objet de design a toujours été au centre de mes questionnements. Cette notion est fondamentale dans mes productions et s’appuie sur une hybridation du vocabulaire artistique avec celui du design. Le design se définit comme étant une esthétique industrielle appliquée à la recherche de formes nouvelles et adaptées à la fonction. Il faut dès lors comprendre le rôle caractéristique que joue une chose dans l’ensemble dont elle fait partie. Pour ma part, je m’attache à brouiller les repères formels et visuels afin de produire des formes insaisissables. Mon travail est donc davantage empreint de ces questionnements que des logiques usuelles et ergonomiques inhérentes au design.

Je porte une attention particulière à la vie quotidienne, à la fonctionnalité des choses. Je me suis intéressée plus particulièrement au mouvement permanent du vêtement et des objets usuels dans l’espace domestique. En réalité, j’envisage ces unités formelles comme des outils visuels. Ce qui m’intéresse n’est pas tant leurs fonctions premières, mais la façon dont elles sont orchestrées dans l’espace. Le classement et la collection sont des notions importantes qui permettent d’organiser ces ensembles selon un ordonnancement signifiant et plastiquement évocateur.

J’aborde également les différents moyens de production mis en œuvre dans le processus de création ainsi que les variations des procédés de fabrication d’une œuvre, quelle soit unique où sérielle. Cette notion de série donne lieu à des variations. Il y a toujours une forme de départ qui est l’archétype formel ou bien textuel. C’est le motif générique qui évolue d’une forme à une autre. J’interroge ainsi le fait de discerner ces micros transformations en établissant des classements graduels.

Quelle est la place d’un multiple dans une œuvre ? Comment interroger la standardisation et confronter des formes industrielles et artisanales ? Je me réapproprie par exemple un savoir-faire traditionnel qui fait partie du patrimoine historique et culturel d’une région. Je « re-contextualise » ensuite ce savoir-faire dans un ensemble de modules qui proposent - de fait - un nouveau langage plastique.