Nicolas Desmarchelier

Bio et parcours croisés

Né à Oyonnax en 1972. Parallèlement à des études musicales – au conservatoire et à l’université de musicologie et d’anthropologie –, Nicolas Desmarchelier suit le cursus de l’Ecole des beaux-arts à Besançon puis à Lyon. Il entame alors un travail transdisciplinaire mettant en relation installation plastique, corps en mouvement et environnement sonore. Après l’obtention de son DNSEP en 1996, il s’engage dans une carrière de performeur comme plasticien et musicien. Dès lors, à titre individuel et au sein du collectif d’artistes Ishtar qu’il co-fonde en 1994 – basé à Bourg en Bresse (01) –, il collabore à de nombreuses créations, en France et à l’étranger. Intéressé par la notion de transmission, il anime également des ateliers et des conférences dans le cadre de diverses structures (beaux-arts, université, lycée, collège, IME, EREA, festivals de musique...).

Depuis 2007, il vit dans le Morbihan où il a fondé avec la danseuse et chorégraphe japonaise Yukiko Nakamura, l’Association SO. Celle-ci intervient dans le champ des pratiques artistiques contemporaines et soutient tout particulièrement des démarches expérimentales à la croisée des disciplines chorégraphique, sonore et plastiques.

Le sismographe

Nicolas Desmarchelier dessine à l’encre noire sur des petits formats carrés de 10 cm de côtés. À la manière du calligraphe, ces tracés sont exécutés dans le même souffle, les uns à la suite des autres. Si ces miniatures abstraites valent par elles-mêmes, pour leur caractère spontané et épuré, elles ont aussi le potentiel d’être agrandies et transposées sur différents supports. C’est la direction que suit actuellement son travail, notamment par le biais de la sérigraphie, de la faïence et de la tapisserie. Ces dessins sont la plupart du temps réalisés lors de performances qui mettent en jeux danseurs et musiciens. L’exécution des dessins est alors filmée et vidéo projetée en direct. La présence des corps – ceux des artistes et ceux du public –, ainsi que les sons diffusés dans l’espace, nourrissent le geste du dessinateur. On peut parler d’un tracé vibratoire, sensible à la situation présente. L’artiste devient alors un sismographe humain.

« A travers cette quête de l’épure où les signes se tracent en quelques gestes, en quelques secondes, presque malgré moi, sans avoir besoin de regarder ce que je dessine comme si une volonté trop marquée risquait de fausser la trace, je tente de dessiner les perturbations de l’air, les vibrations imperceptibles laissées par le mouvement des corps, des sons. »

Démarche artistique

Nicolas Desmarchelier a choisi la performance comme mode d’expression privilégié. Que ce soit au niveau du dessin ou de la musique, l’essentiel de son travail est réalisé en temps réel et en présence du public. Le choix de l’improvisation libre plutôt que celui de la composition est consécutif à son positionnement vis-à-vis de l’expression artistique et de la vie en général ; produire des sons ou des traces n’a de sens qu’en présence de l’autre, dans une relation de partage et d’écoute, sans artifices ni manières. La technique et la présence de l’artiste doivent s’effacer derrière la matière même de ces sons et de ces traces. C’est dans ce rapport concret aux éléments, dans cette posture d’ouverture à l’autre que peut-être une rencontre se ferra entre l’artiste et le spectateur. Dans son travail, Nicolas Desmarchelier accorde une importance prépondérante à la spontanéité et à l’aspect dépouillé du tracé. S’il a longtemps travaillé sur des petits formats carrés de 10 cm de côté à l’encre noire, il explore aujourd’hui différentes techniques telles que la sérigraphie et le découpage qui répondent particulièrement à son exigence d’économie de moyen. Travail dans l’instant, caractère rudimentaire des moyens mis en œuvre, graphisme épuré jouant avec l’espace vide de la surface, sont autant de signes distinctifs de sa production. Par ailleurs, musicien engagé dans une carrière professionnelle dans le champ des pratiques improvisées et expérimentales, il introduit dans son travail plastique la notion d’improvisation et de réalisation en temps réel et en présence du spectateur. Ainsi, Nicolas Desmarchelier donne à voir la trace en train de se faire lors de performances qui réunissent danseurs et musiciens. Loin de vouloir mettre en avant un quelconque aspect spectaculaire dans l’acte de dessiner, c’est bien l’inspiration même de ses tracés qu’il puise au contact du public. Il ne s’agit pas de dessiner le réel mais plutôt de capter cette présence vibratoire des corps en présence, en un lieu, à un moment donné. La métaphore du sismographe qui trace « à l’aveugle », enregistrant les oscillations et séismes de l’écorce terrestre de façon à la fois sensible et dénuée de toutes émotions, définie assez bien sa démarche. Favoriser l’expression d’une main libérée de toute soumission à l’oeil, afin d’être dans un rapport à la trace purement manuel et physique.