Mathilde Mestrallet

Diplômée de l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg en 2006, je réalise des projets photographiques qui questionnent la relation de l’homme au paysage, à l’espace qui l’entoure. De nature documentaire, mes projets abordent les notions de frontières : géographiques, culturelles... de limites. Mes projets s’établissent dans des lieux en transition, des espaces intermédiaires : lotissements, pavillons, habitations collectives et terrains vagues bordant la ville tout en participant à son extension. Ces lieux sont en rupture, discontinus, lieux de passages, de circulations. Ces sites dessinent une limite géographique incertaine, une interface entre ville et campagne, une zone d’échanges entre les différents territoires. Au gré de déambulations, d’errances, je m’intéresse à des lieux portant les traces d’un passé aujourd’hui révolu, l’urbanisme en étant le témoin.

Implantations

À la fin du XIXe siècle, de nombreux peintres s’étaient installés à Pont-Aven. Ils sortaient de la ville pour aller peindre les villages extérieurs, plus pittoresques que la ville, aujourd’hui devenu très touristique. Gauguin, en rupture avec les néo-impressionnistes, fonda un nouveau courant : le synthétisme qui schématise la forme, force et exalte la couleur et propose une vision simplifiée, reconstruite de la réalité. En prenant cet axe de réflexion comme point de départ de mon projet, je me suis intéressée à l’évolution du paysage, aux contrastes entre espaces aménagés, habités, et espaces naturels, aux maisons et lotissements bordant le centre ville, aux façades aveugles, aux frontières et délimitations entre espaces privés et espaces publics, à l’arrangement, au façonnage de la nature entre ces espaces. On peut lire, sur certaines maisons, le passé rural et ouvrier de la ville.

Résidences secondaires(2)

Les Sables d’or, 2009

Sables-d’Or-les-Pins est une station balnéaire française des Côtes-d’Armor, située sur les communes de Fréhel et Plurien. Créée de toutes pièces dans les années 1920, elle connue quelques années de gloire, notamment avec une clientèle aisée venue occuper les villas de style anglo-breton en granit rose ; puis avec la crise de 1929, elle fût oubliée. Cette série photographique résulte d’une errance dans la station vidée de sa population, les maisons pour la plupart fermées apparaissent comme des théâtres inanimés, restés rideaux fermés, où il ne faudrait ouvrir qu’une fenêtre pour qu’il se joue quelque chose, un instant.

Résidences secondaires(3)

Guidel, Fort Bloqué, Le Pouldu, 2009

Face à la mer, l’urbanisme de villégiature s’impose sur un territoire auparavant sauvage, et agricole. Avec l’essor touristique, de nombreuses résidences secondaires et campings aux architectures modernes se sont implantés sur les dunes. Hors saison, les jardins et lieux d’habitations restent, tels des vestiges, des monuments d’un temps disparu ; suspendus, en attente de prochains visiteurs, occupants.